Interview de Julie Leoni, avocat en droit des affaires et médiateur
Avocat en droit des affaires depuis 1998, Julie Leoni accompagne une clientèle d’entreprises. Formée à la médiation en 2011, elle est aujourd’hui membre du conseil d’administration du CIMA (Centre Interprofessionnel de Médiation et d’Arbitrage) pour un deuxième mandat, où elle participe activement aux commissions Communication et Développement. Dans cet entretien, elle partage comment la médiation a fondamentalement transformé sa pratique professionnelle et pourquoi elle en est devenue une fervente ambassadrice.
Une découverte qui change tout
L’histoire de Julie avec la médiation commence en 2011, lors d’un dossier contentieux. « J’ai toujours eu une sensibilité pour l’amiable, explique-t-elle. C’est se donner une chance supplémentaire de trouver une solution et d’éviter le tribunal. »
Lorsque son confrère Roland Verniau, membre du CIMA, lui propose une médiation pour résoudre le litige, elle n’hésite pas à en parler à sa cliente qui accepte de tenter l’expérience.
« Ce fut une révélation : la découverte de ce processus, de ces outils. Avoir face à soi un médiateur qui sait amener les parties sur les bons sujets, qui sait poser les bonnes questions, tirer les fils. »
Dans la foulée de cette expérience marquante, Julie s’inscrit à une formation en médiation. Son objectif initial : mieux accompagner ses clients en connaissant le processus de l’intérieur. Mais très vite, c’est une véritable conviction qui naît. Dès la fin de sa formation, elle devient médiateur et rejoint le CIMA, il y a maintenant 15 ans.
La médiation : magique ou simplement humaine ?
Pour Julie, la médiation peut sembler magique tant elle permet de dénouer des situations qui paraissent inextricables. Pourtant, elle insiste sur un point fondamental : « La médiation, ce n’est pas le monde des bisounours. C’est un outil d’une redoutable efficacité. »
Le secret ? Revenir aux fondamentaux des relations humaines en redonnant toute sa place à l’écoute et à la communication. La formation qu’elle a suivie, animée par des professionnels chevronnés, lui a révélé deux vérités essentielles qui ont transformé sa vision du conflit et de son métier.
Première révélation : nous ne savons pas nous écouter
« La médiation m’a fait comprendre que, dans la grande majorité des cas, les gens ne s’écoutent pas et surtout ne se comprennent pas. Et ils ne s’en rendent même pas compte. » Cette prise de conscience a été déterminante. Julie réalise que si les personnes s’écoutaient vraiment et s’assuraient de s’être bien comprises, y compris dans les situations du quotidien, le nombre de conflits serait considérablement réduit. Le médiateur comble cette lacune.
« L’écoute est la qualité essentielle d’un médiateur, souligne-t-elle. C’est un vrai travail : il faut se taire, écouter et entendre les mots, les gestes, un mouvement involontaire, un visage qui s’empourpre, ce qui est dit, ce qui ne l’est pas. Tout cela exprime quelque chose d’important et à prendre en compte dans la perspective d’une solution pérenne. »
Deuxième révélation : en contentieux, on a tendance à « souffler sur les braises »
La découverte de la médiation a également transformé radicalement la façon dont Julie exerce son métier d’avocat en contentieux.
« J’ai réalisé qu’en tant qu’avocat contentieux, c’est comme si on avait un soufflet entre les mains : on a tendance à souffler sur les braises. Le système judiciaire nous impose d’apporter la preuve de ce que l’on veut démontrer. Alors on interprète et on présente les pièces dans le sens qui nourrit notre thèse. Sans nous en rendre compte, on peut leur prêter une signification qui n’est pas leur signification réelle. C’est insupportable à lire pour l’a partie adverse. Ce faisant, on jette de l’huile sur le feu. »
Depuis qu’elle pratique la médiation, Julie a adopté une approche radicalement différente : « Je cherche d’abord à comprendre : que s’est-il passé ? Ensuite, je veille à ne pas distordre la réalité.. » Car comme elle le rappelle avec force, « notre raison d’être en tant qu’avocat est de défendre les intérêts de nos clients, ce n’est pas d’aggraver leurs tensions. »
Une pratique transformée de A à Z
La médiation a coloré la pratique de Julie dans tous ses aspects, tant en conseil qu’en contentieux. Aujourd’hui, elle privilégie les échanges directs entre les parties. Et elle recommande d’explorer le plus possible la voie de la médiation, avant d’envisager le contentieux.
« Aller directement au contentieux sans envisager la médiation, c’est se priver d’une réelle chance de trouver une solution nettement plus rapidement, pour bien moins cher qu’une procédure. C’est aussi perdre la main sur l’issue du dossier alors qu’avec la médiation, la solution est consentie par toutes les parties et pas imposée par une décision de justice. Certes, tous les conflits ne s’y prêtent pas mais un grand nombre d’entre eux, si. Alors, ne pas tenter la médiation, n’est-ce pas absurde ? ».
La médiation : un outil particulièrement adapté au droit des affaires
Pour l’ensemble de ces raisons, Julie est convaincue que les entreprises ont un intérêt évident à s’emparer de cet outil.
« La médiation est parfaitement adaptée à la matière du droit des affaires. Pour une saine gestion, une entreprise a besoin de maîtriser ses risques et ses coûte et de pouvoir mettre en œuvre des solutions en temps opportun. C’est précisément ce que permet la médiation. »
Au-delà de la résolution de différends, la médiation offre aux entreprises des opportunités stratégiques. « On peut traiter un différend en embrassant plus large, souligne Julie. La recherche commune de solutions peut être une source d’opportunités nouvelles dans les relations commerciales. La médiation est l’outil idéal pour préserver, voire amplifier, ces relations. Elle permet de sortir gagnant-gagnant. »
Un appel à l’action : découvrez, essayez, formez-vous !
Pour Julie, la médiation est une composante essentielle de l’avenir du métier d’avocat, en particulier dans les relations interentreprises.
Son message aux professionnels du droit et aux chefs d’entreprise est clair et enthousiaste : « Découvrez la médiation. Essayez-la. Formez-vous. Votre gestion des différends en sera positivement transformée. »
Pourquoi le CIMA ?
Julie est membre du CIMA depuis 15 ans et son engagement reflète ses convictions profondes. Elle y partage les valeurs de la médiation et participe activement à sa dynamique pour développer la médiation en région lyonnaise.
« Il faut faire connaître les bienfaits de la médiation auprès du plus grand nombre, explique-t-elle avec passion. En me mobilisant, je veux contribuer à ce mouvement vers l’avenir car c’est une certitude, la médiation va devenir incontournable pour les avocats et pour le monde économique ».

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